jeudi 10 octobre 2013

Delire de persécution

La psycho-gériatrie, c'est un secteur un peu particulier. Les patients sont soit déments, soit ont une pathologie psychiatrique vieillie, soit sont dépressifs, parfois un, deux ou les trois en même temps. (oui, je sais, pas de bol...). Mais de tous les délires possibles et imaginables (et il y en a), il y en a un qui est quand même bien particulier, le délire de persécution. 
Ce délire, il peut être dirigé vers l'équipe médicale,vers le monde entier, vers la famille... bref, vers un peu tout le monde. et il n'est pas facile à vivre ni pour ceux envers qui il est dirigé, ni pour celui qui le vit, ni pour ceux qui accompagnent le patient. 

Ici, je vais vous parler de Mme C. 
Mme C, était couturière, toujours coquette, à changer de tenue 3-4 fois par jour, et arrive dans notre service avec un diagnostique de "syndrome post chute" (pour ne pas m'étendre sur le sujet trop longtemps : en gros, trouble du schéma corporel qui fait qu'elle appuie principalement sur ses talons, peu sur ses orteils, ce qui provoque un trouble de l'équilibre et de la marche allant parfois jusqu'à l'impossibilité de se lever). 
La première fois que je vois cette dame, elle marche (adieu syndrome post chute), mais en effet, elle a quand même un trouble de la marche, elle ne plie pas les genoux. Mais alors genre pas du tout du tout du tout. je lui donne alors une aide de marche, qui lui convient, (Plus tard, elle me dira "J'ai quand même bien fait d'acheter ça, c'est quand même bien pratique pour faire mes courses". On précisera que Mme ne sort pas du service... ), et lui propose des séances de kinésithérapie régulières, que Mme accepte avec plaisir. 
Mme vient régulièrement en séances, et les séances se passent bien (mais bien comme ça peut se passer avec un patient dément et délirant : soit : je répète x fois les mêmes choses soit ici : pliez les genoux Mme C.). et puis un jour, c'est le drame.
Mme C. me raconte que c'est de la faute de sa fille si elle est là. Elle m'explique que c'est sa fille qui l'a poussé chez elle, que c'est quand même incroyable que personne ne la croit. Que quand même c'est sa fille qui vole dans les supermarchés et que c'est de sa faute s'ils sont vides, qu'un jour même, elle l'a vu, c'était filmé, elle a vidé un appartement entier de vivres empaquetés dans des palettes, et qu'elle l'a vidé en moins d'une nuit.
Je ne sais pas si ce sont les hormones (j'étais déjà enceinte de... au moins 6 mois donc une bombe humaine d'hormones), ou si c'est un trop plein de Mme C. mais elle a commencé à me taper sérieusement sur le système. Alors, évidement, je ne lui en ai rien montré, mais j'ai écourté les séances (de 45 min je suis passée à 30 min), et je les aie espacées. Mais toujours, je lui aie demandé de plier les genoux. 

Et puis un jour, elle a fini par me dire que c'était de la faute de sa fille si elle ne pouvait pas plier les genoux. 



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